{"id":804,"date":"2017-03-25T22:26:15","date_gmt":"2017-03-25T21:26:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/?p=804"},"modified":"2017-03-25T22:26:15","modified_gmt":"2017-03-25T21:26:15","slug":"samir-aita-commerce-sans-religion-entre-la-turquie-et-la-syrie-editorial-de-lifri-mars-2017","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/samir-aita-commerce-sans-religion-entre-la-turquie-et-la-syrie-editorial-de-lifri-mars-2017\/","title":{"rendered":"Samir A\u00cfTA: Commerce sans religion entre la Turquie et la Syrie Editorial de l&rsquo;Ifri, mars 2017"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"https:\/\/www.ifri.org\/sites\/default\/files\/atoms\/files\/aita_commerce_sans_religion_turquie_syrie_2017.pdf\">L&rsquo;editorial de Mars de l&rsquo;IFRI<\/a><\/p>\n<p><strong>Commerce sans religion entre la Turquie et la Syrie<\/strong><\/p>\n<p><strong>Samir AITA<strong>[1]<\/strong><\/strong><\/p>\n<p><strong>17 Mars 2017<\/strong><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Cette note analyse l\u2019\u00e9tonnante remont\u00e9e des exportations turques vers la Syrie pendant la guerre civile qui s\u00e9vit dans ce pays. L\u2019analyse se base sur les statistiques officielles turques, comme sur les estimations disponibles du c\u00f4t\u00e9 des \u00e9conomistes syriens. Elle montre que ces exportations turques sont, contrairement au pass\u00e9, form\u00e9es de produits de consommation de base, destin\u00e9es \u00e0 l\u2019ensemble de la Syrie, et non seulement aux zones contr\u00f4l\u00e9es par l\u2019opposition. Du fait des sanctions \u00e9conomiques et financi\u00e8res impos\u00e9es sur la Syrie, ces exportations turques ont particip\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019un r\u00e9seau commercial sp\u00e9cifique \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de guerre. Des nouvelles villes plateformes \u00e9conomiques ont \u00e9merg\u00e9 aux n\u0153uds de ce r\u00e9seau, ainsi que des villes \u00ab\u00a0fronti\u00e8res\u00a0\u00bb d\u2019\u00e9change entre le gouvernement, l\u2019opposition, l\u2019EI et le PYD. Un dicton affirme que le commerce n\u2019a pas de religion\u00a0; il s\u2019adapte m\u00eame \u00e0 un contexte de guerre, comme le d\u00e9montre la r\u00e9organisation en temps r\u00e9el des circuits commerciaux \u00e0 la fronti\u00e8re turco-syrienne.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><em>Exportations turques vers la Syrie malgr\u00e9 la guerre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>En 2015, un chiffre a attir\u00e9 l\u2019attention des observateurs, notamment turcs[2]. Les exportations turques vers la Syrie auraient rejoint leur niveau d\u2019avant la crise\/guerre syrienne. Selon l\u2019office turc des statistiques[3], ces exportations auraient atteint en 2014 les US$ 1,8 milliards autant qu\u2019en 2010 qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une ann\u00e9e exceptionnelle pour ces exportations vers la Syrie (figure 1).<\/p>\n<p>Ce niveau d\u2019exportations turques \u00e9tait d\u2019autant plus \u00e9tonnant qu\u2019elles avaient connues une chute dramatique, et compr\u00e9hensible, pendant 2012, l\u2019ann\u00e9e de la transformation du soul\u00e8vement populaire en guerre ouverte et de la conqu\u00eate d\u2019Alep et de ses environs par des factions combattantes syriennes soutenues par la Turquie. A l\u2019inverse, l\u2019ann\u00e9e 2014 a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par des combats intenses entre les groupes rebelles eux-m\u00eames, avec en particulier la prise de la ville de Raqqa par l\u2019Etat Islamique (EI) et l\u2019instauration du califat.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9tonnement est encore plus grand que ce niveau d\u2019exportation correspondait \u00e0 une part majeure de la totalit\u00e9 des importations syriennes[4], qui se sont effondr\u00e9es avec les sanctions et avec l\u2019appauvrissement g\u00e9n\u00e9ral de la population. De 9% du total des importations syriennes en 2010, les exportations turques passent \u00e0 15% en 2014, puis \u00e0 20% en 2015. Par contre, les niveaux d\u2019\u00e9change \u2013 officiels &#8211; avec les Liban et Jordanie voisins sont rest\u00e9s tr\u00e8s modestes en comparaison et globalement en baisse (figure 2).<\/p>\n<p><strong><em>Les investisseurs syriens n\u2019y sont pour rien<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les analystes turques ram\u00e8nent cet accroissement des exportations \u00e0 une vague d\u2019investissements syriens en Turquie qui a accompagn\u00e9 la vague de migrants fuyants la guerre[5] [6]. Les deux premiers \u00e9tablissements avec du capital syrien auraient \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9s en 2010\u00a0; et depuis les \u00e9tablissements \u00e0 capitaux syriens se sont d\u00e9velopp\u00e9s tr\u00e8s rapidement.<\/p>\n<p>Cependant, le registre du commerce publi\u00e9 par \u00ab\u00a0l\u2019Union Turque des Chambres et des Bourses de Produits\u00a0\u00bb (TOBB)[7] montre que ces cr\u00e9ations d\u2019entreprises syriennes en Turquie \u00e9taient n\u00e9gligeables avant 2013. Elles ont cru graduellement pour atteindre un maximum d\u00e9but 2016\u00a0; les partenariats d\u2019investissements syriens constituant plus de 40% des nouvelles cr\u00e9ations en Turquie avec du capital \u00e9tranger, d\u00e9passant largement les partenariats iraniens et allemands qui les avaient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 par leurs nombres et qui se sont ralentis (figure 3).<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es sur les montants des investissements directs \u00e9trangers (IDE) correspondants \u00e0 ces cr\u00e9ations d\u2019entreprises ne sont pas transmises par les statistiques turques, ni relay\u00e9es dans les bases de donn\u00e9es OCDE ou UNCTAD. Mais, les montants impliqu\u00e9s sont r\u00e9put\u00e9s \u00eatre tr\u00e8s faibles. La plus grande partie est constitu\u00e9e de petits commerces cr\u00e9\u00e9s par les syriens r\u00e9sidents[8] en Turquie pour assurer des revenus \u00e9conomiques, ou d\u2019entreprises immobili\u00e8res permettant l\u2019acquisition de logement, puisque la loi turque ne donne pas acc\u00e8s aux biens immobiliers aux \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Le lien entre la cr\u00e9ation d\u2019entreprises syriennes et l\u2019accroissement des exportations est donc discutable. En 2015, les exportations vers la Syrie ont recul\u00e9 alors que le rythme de cr\u00e9ation d\u2019entreprises s\u2019acc\u00e9l\u00e9rait (jusqu\u2019aux premiers mois de 2016 o\u00f9 il s\u2019est effondr\u00e9, figure 3).<\/p>\n<p><strong><em>Nature et origine diff\u00e9rentes des exportations turques<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Il est vrai que le r\u00f4le des diff\u00e9rentes r\u00e9gions turques dans les exportations vers la Syrie a chang\u00e9 consid\u00e9rablement, favorisant les r\u00e9gions limitrophes de la Syrie. Avant la guerre, les r\u00e9gions de l\u2019Ouest et Istanbul avaient la part la plus importante. Mais graduellement, ce sont Gaziantep (\u2018Aintab), Hatay (Sandjak d\u2019Alexandrette), Adana et Mersin qui ont pris le leadership (figure 4). La part de ces r\u00e9gions du Sud de la Turquie est pass\u00e9e de 20% \u00e0 60% du total des exportations vers la Syrie. On remarque n\u00e9anmoins que les r\u00e9gions plus \u00e0 l\u2019Est, \u00e0 forte pr\u00e9sence Kurde, n\u2019ont jou\u00e9 aucun r\u00f4le dans les exportations vers la Syrie, au moins pour servir les zones contr\u00f4l\u00e9es par les \u00ab\u00a0Forces de la Syrie D\u00e9mocratique\u00a0\u00bb, \u00e0 majorit\u00e9 Kurde et sous pression de l\u2019Etat Islamique (EI). Ces r\u00e9gions turques \u00e9tant elles-m\u00eames en insurrection, aucun commerce transfrontalier Kurde n\u2019a pu se d\u00e9velopper, au moins officiellement.<\/p>\n<p>L\u2019influence de ce commerce avec la Syrie reste n\u00e9anmoins n\u00e9gligeable m\u00eame pour Gaziantep, autour de 5% de l\u2019ensemble de ses exportations. Aucune augmentation correspondante du total des exportations ne para\u00eet observable, ni d\u2019ailleurs une augmentation des importations pour cette m\u00eame r\u00e9gion qui indiquerait que les exportations vers la Syrie pourraient correspondre \u00e0 des r\u00e9exportations. M\u00eame pour des r\u00e9gions un peu moins actives comme Hatay, Mersin ou \u015eanl\u0131urfa (Urfa), o\u00f9 le commerce avec la Syrie est de l\u2019ordre de 10 \u00e0 15%, rien n\u2019est observable au niveau des \u00e9volutions globales des exportations et importations r\u00e9gionales (figure 5).<\/p>\n<p>Les exportations semblent donc \u00eatre plut\u00f4t constitu\u00e9es de produits turcs et non de r\u00e9exportations. Le site du Minist\u00e8re turc des Affaires Etrang\u00e8res sp\u00e9cifie que les produits export\u00e9s sont compos\u00e9s \u00ab\u00a0d\u2019huiles v\u00e9g\u00e9tales, de graisses animales et de leurs d\u00e9riv\u00e9s, d\u2019articles \u00e0 usage domestique, de pr\u00e9parations de c\u00e9r\u00e9ales, de farine, d\u2019amidon ou de lait, de fers et aciers, du sel, du souffre, de terres et de pierres, de pl\u00e2tres, de chaux et de ciments\u00a0\u00bb[9].<\/p>\n<p>Le d\u00e9tail des statistiques d\u2019exportations par produit montre que trois items ont la part la plus grande en 2014 : les boissons et produits alimentaires manufactur\u00e9s (US$ 487 millions, au lieu de 102 en 2011)\u00a0; les produits manufactur\u00e9s utiles pour l\u2019industrie (US$ 353 millions, au lieu de 758 en 2011), et les produits non classifi\u00e9s BEC (US$ 343 millions, qui n\u2019existaient pas en 2011 et qui ont continu\u00e9 au niveau de US$ 140 en 2015). Tout porte donc \u00e0 croire qu\u2019apr\u00e8s la destruction des usines d\u2019Alep, la Turquie a export\u00e9 de ses propres usines les produits de consommation courante qui ne sont plus fabriqu\u00e9s en Syrie.<\/p>\n<p>Une analyse plus fine de ces statistiques montre\u00a0(voir tableau 1)\u00a0:<\/p>\n<ul>\n<li>Que les exportations d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et de d\u00e9riv\u00e9es p\u00e9troliers contribuaient en 2011 pour un quart. Elles ont quasiment disparu apr\u00e8s 2012. Ce qui rend la mont\u00e9e des exportations encore plus remarquable.<\/li>\n<li>Que la nature de la majorit\u00e9 des exportations a chang\u00e9 de produits interm\u00e9diaires pour l\u2019industrie vers des produits de consommation de base, telle que la farine, la viande, les huiles v\u00e9g\u00e9tales et graisses animales, et les textiles fabriqu\u00e9s.<\/li>\n<li>Que les exportations de voitures, d\u2019aciers et de ciment occupent d\u00e9sormais une place importante.<\/li>\n<li>Qu\u2019une partie non n\u00e9gligeable des exportations turques est sous la rubrique \u00ab\u00a0autres produits manufactur\u00e9s\u00a0\u00bb, donc dont le contenu n\u2019est pas clair.<\/li>\n<\/ul>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Par ailleurs, le programme alimentaire mondial (WFP) liste les produits achet\u00e9s en Turquie pour ses programmes d\u2019aide alimentaire \u00e0 la Syrie[10]. En 2014, ces exportations turques totalisaient US$ 193 millions. Elles sont constitu\u00e9es pour 39% de farine[11], de 28% d\u2019huiles v\u00e9g\u00e9tales[12], de 12% de lentilles, de 8% de sucre, 8% de pois chiche et 7% de rations alimentaires.<\/p>\n<p><strong><em>O\u00f9 vont les produits export\u00e9s par la Turquie\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les donn\u00e9es de l\u2019Union Turque du Transport International refl\u00e8tent la croissance des exportations turques en 2014. 108,000 camions ont transport\u00e9 des produits vers la Syrie dans les 11 premiers mois de 2014 (330 par jours), comparativement \u00e0 seulement 55,000 en 2013[13]. Mais les statistiques des postes fronti\u00e8res ne montrent pas ces mouvements. Ce qui est d\u2019autant plus \u00e9tonnant que ce transport ne concerne pas seulement les exportations turques, mais \u00e9galement des importations syriennes provenant d\u2019autres pays. Les douanes de \u00d6nc\u00fcp\u0131nar (Bab Salameh au Nord d\u2019Alep)[14] et de Cilveg\u00f6z\u00fc (Bab Al Hawa \u00e0 son Ouest) n\u2019enregistrent que des exportations minimales (US$ 76 millions en 2014 et 66 en 2015). Celle de Nusaybin (faisant face \u00e0 Qameshli contr\u00f4l\u00e9 par le PYD kurde) enregistre au contraire une part de US$ 323 millions, sachant qu\u2019il pourrait s\u2019agir au final de produits \u00e0 destination de l\u2019Irak.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la question du lieu de passage des exportations, une interpr\u00e9tation a circul\u00e9 sur la remont\u00e9e des exportations turques vers la Syrie[15]\u00a0: qu\u2019une bonne partie de ces exportations \u00e9taient en r\u00e9alit\u00e9 destin\u00e9es \u00e0 l\u2019Irak, alimentant une petite industrie de transformation et de r\u00e9exportation dans la province d\u2019Alep. Mais il para\u00eet \u00e9tonnant, vues les difficult\u00e9s d\u2019acheminement dues aux conqu\u00eates territoriales de l\u2019EI en 2014, que ces exportations turques aient trouv\u00e9 une voie par la Syrie, permettant \u00e0 diff\u00e9rentes factions combattantes (dont le Front Al Nosra et l\u2019EI) de ponctionner une dime au passage.<\/p>\n<p>L\u2019Irak figure au second rang comme destination des exportations turques, apr\u00e8s l\u2019Allemagne. Le total a atteint US$ 12 milliards en 2013. Plus de 60% de ces exportations sont destin\u00e9es au Gouvernement r\u00e9gional Kurde (GRK\/KRG en anglais). Mais comme pour l\u2019Iran, les exportations vers l\u2019Irak ont recul\u00e9 de 10% en 2014 et encore plus en 2015. L\u2019interpr\u00e9tation de la r\u00e9exportation \u00e0 travers la Syrie vers l\u2019Iraq est d\u2019autant plus \u00e9tonnante.<\/p>\n<p>Une autre interpr\u00e9tation est plus v\u00e9rifiable. Car il suffit de visiter les march\u00e9s de Damas, Tartous et Lattaqui\u00e9 pour voir les produits turcs de consommation partout, autant qu\u2019\u00e0 Idlib ou Alep. Ainsi, malgr\u00e9 la coupure des relations entre la Turquie et le r\u00e9gime syrien, et l\u2019accueil de la Coalition de l\u2019opposition \u00e0 Istanbul comme \u00ab\u00a0seul repr\u00e9sentant l\u00e9gitime du peuple syrien\u00a0\u00bb, les exportations turques avaient repris vers la \u00ab\u00a0Syrie utile\u00a0\u00bb. Mais par quel chemin\u00a0?<\/p>\n<p><strong><em>Une Syrie toujours unie par le commerce\u00a0?<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Des enqu\u00eates de terrain avaient d\u00e9j\u00e0 montr\u00e9 le cheminement complexe du p\u00e9trole syrien extrait par l\u2019EI vers toutes les zones, de l\u2019opposition, du PYD et du r\u00e9gime[16]. Elles ont montr\u00e9 l\u2019importance de certaines villes rebelles comme plateformes du raffinage et du commerce p\u00e9trolier. C\u2019est ce m\u00eame sch\u00e9ma complexe qui pr\u00e9vaudrait pour les exportations turques.<\/p>\n<p>Ainsi, une enqu\u00eate r\u00e9cente[17] montre que ces exportations turques parviennent essentiellement par Cilveg\u00f6z\u00fc\/Bab Al Hawa. La ville de Sarmada est devenue la plateforme des marchands grossistes, et \u00e9galement Al-Atareb un peu plus loin. Les produits de consommation sont de basse qualit\u00e9, mais moins chers que leurs \u00e9quivalents syriens. Certains groupes industriels turcs bas\u00e9s \u00e0 Gazientep se sont sp\u00e9cialis\u00e9s dans les produits alimentaires pour les march\u00e9s syriens et irakiens, tel Altunsa[18]. Mais Mersin reste la principale plateforme des exportations turques, avec principalement des mat\u00e9riaux de construction (ciment turc et aciers chinois) qui ont gard\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s leurs prix face \u00e0 l\u2019effondrement du taux de change de la livre syrienne. Bien s\u00fbr tous ces produits inondent les march\u00e9s des zones rebelles, mais \u00e9galement celles contr\u00f4l\u00e9es par le gouvernement, le PYD ou l\u2019EI.<\/p>\n<p>Un vaste r\u00e9seau commercial s\u2019est ainsi install\u00e9 dans une Syrie divis\u00e9e et en guerre, bas\u00e9 comme dans les temps anciens sur des villes plateformes commerciales. A cause de l\u2019importance des importations turques, Sarmada est nomm\u00e9e\u00a0par l\u2019opposition syrienne la \u00ab\u00a0capitale \u00e9conomique de la Syrie\u00a0\u00bb, ou du moins de la Syrie \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb[19]. Les grands commer\u00e7ants d\u2019Alep et du Nord de la Syrie y ont install\u00e9 leurs comptoirs. Ce r\u00e9seau connecte les plateformes commerciales \u00e0 des villes charni\u00e8res, situ\u00e9es aux \u00ab\u00a0fronti\u00e8res\u00bb des zones d\u2019influence, et maintenues volontairement par toutes les parties hors des zones de combat\u00a0; telle Qal\u2019at Al Madiq entre les Syries \u00ab\u00a0utile\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0lib\u00e9r\u00e9e\u00a0\u00bb, telle A\u2019zaz avec Afrin contr\u00f4l\u00e9e par le PYD, et telle Abu-Dali[20] \u00e0 l\u2019Est de Hama, aux confins des zones de contr\u00f4le de l\u2019EI o\u00f9 se font les \u00e9changes des produits p\u00e9troliers. Le commerce fonctionne dans tous les sens. Par exemple, l\u2019essence provient des zones du r\u00e9gime[21], le mazout de l\u2019EI et du PYD[22]. Le commerce se fait aussi bien avec les produits turcs, que de la production locale (achat de la production de bl\u00e9 par le gouvernement) ou provenant de l\u2019Irak (tapis, etc) ou du Liban. C\u2019est ce r\u00e9seau qui structure l\u2019\u00e9conomie de la guerre, sur laquelle se greffent les seigneurs combattants pr\u00e9levant leurs dimes au passage[23].<\/p>\n<p>Dans ce r\u00e9seau, les importations turques participent autant que l\u2019extraction du p\u00e9trole \u00e0 cr\u00e9er des sources de revenus[24] pour les diff\u00e9rents groupes combattants de tous bords, alimentant une guerre sans fin.<\/p>\n<p>Tout cela va bien au-del\u00e0 de la rh\u00e9torique sur la collaboration \u00e9conomique entre le r\u00e9gime et Daesh. En r\u00e9alit\u00e9, tout le monde collabore avec tout le monde pour les besoins vitaux[25]. Si effectivement\u00a0le commerce n\u2019a pas de religion, la Turquie du Sud-Est s\u2019est compl\u00e8tement int\u00e9gr\u00e9e dans ce r\u00e9seau vital de commerce dans le chaos de la guerre. Reste \u00e0 savoir comment l\u2019intervention militaire russe aupr\u00e8s du gouvernement et l\u2019appui militaire am\u00e9ricain aux Kurdes de Syrie ont modifi\u00e9 les plateformes et n\u0153uds du r\u00e9seau commercial de la Syrie en guerre.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] Pr\u00e9sident du Cercle des Economistes Arabes.<\/p>\n<p>[2] Z\u00fclfikar Dogan: <em>Despite ongoing war, is trade between Turkey-Syria rebounding?;<\/em> November 11, 2015; http:\/\/www.al-monitor.com\/pulse\/originals\/2015\/11\/turkey-syria-trade-level-increase-despite-civil-war.html<\/p>\n<p>[3] http:\/\/www.turkstat.gov.tr\/<\/p>\n<p>[4] Le Syrian Center of Policy Research (<a href=\"http:\/\/scpr-syria.org\/\">http:\/\/scpr-syria.org\/<\/a>) a estim\u00e9 la totalit\u00e9 des importations syriennes en 2014 \u00e0 US$ 11,7 milliards contre US$ 20 milliards en 2010, se r\u00e9duisant \u00e0 US$ 7,7 milliards en 2015. Par contre les exportations syriennes se sont effondr\u00e9es, de US$ 16,9 milliards en 2010 \u00e0 US$ 3 milliards en 2014. Celles vers la Turquie ont diminu\u00e9 de US$ 450 millions \u00e0 US$ 115 millions en 2014.<\/p>\n<p>[5] Esra \u00f6zpinar, Seda Bosihos &amp; Aycan Kulaksiz: <em>Trade relations with Syria after the refugee influx<\/em>; Tepav Evaluation Note N201527, October 2015.<\/p>\n<p>[6] Voir aussi The Syria Report, <em>Syrians, Most Numerous Foreign Investors in Turkey<\/em>, 27 January 2014, available at http:\/\/www.syria-report.com\/news\/economy\/syrians-mostnumerous-foreign-investors-turkey<\/p>\n<p>[7] http:\/\/www.tobb.org.tr<\/p>\n<p>[8] Ces syriens peuvent ou non \u00eatre enregistr\u00e9s aupr\u00e8s du HCR, sachant que les lois turques ne reconnaissent pas aux syriens et autres non-europ\u00e9ens le statut de r\u00e9fugi\u00e9 au sens de la Convention de 1951. Voir https:\/\/www.loc.gov\/law\/help\/refugee-law\/turkey.php<\/p>\n<p>[9] http:\/\/www.mfa.gov.tr\/turkey_s-commercial-and-economic-relations-with-syria.en.mfa<\/p>\n<p>[10] https:\/\/www.wfp.org\/procurement\/food-tender-awards\/2014<\/p>\n<p>[11] Provenant de 3 soci\u00e9t\u00e9s de Mersin et d\u2019Antalya.<\/p>\n<p>[12] Provenant quasiment uniquement d\u2019une seule soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 Izmir.<\/p>\n<p>[13] Rim Turkmani, Ali A. K. Ali, Mary Kaldor &amp; Vesna Bojicic-Dzelilovic: <em>Countering the logic of the war economy in Syria; evidence from the local areas<\/em>; LSE July 30, 2015.<\/p>\n<p>[14] Conquise par les rebelles en juillet 2012. Comme pour les autres points de passage, les camions turcs ne circulent pas en Syrie. Une zone est arrang\u00e9e pour transborder les chargements sur des camions syriens. Il a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9 pendant 2 mois en 2013 lors d\u2019un conflit entre l\u2019EI et une faction rebelle \u00ab\u00a0la Brigade de la Temp\u00eate du Nord\u00a0\u00bb. En 2014, il a subi 2 attaques suicides<\/p>\n<p>[15] Entretiens de l\u2019auteur avec des activistes et homme d\u2019affaire syriens \u00e0 Gazientep.<\/p>\n<p>[16] Erika Solomon, Robin Kwong &amp; Steven Bernard\u00a0: <em>Inside ISIS Inc: the journey of a barrel of oil<\/em>; Financial Times, February 29, 2016; <a href=\"http:\/\/ig.ft.com\/sites\/2015\/isis-oil\/\">http:\/\/ig.ft.com\/sites\/2015\/isis-oil\/<\/a>. A noter que cette enqu\u00eate laisse de c\u00f4t\u00e9 la production p\u00e9troli\u00e8re issue du Nord-Est de la Syrie contr\u00f4l\u00e9 par le PYD. Voir aussi la compilation du Huffington Post\u00a0: http:\/\/www.huffingtonpost.com\/david-l-phillips\/research-paper-turkey-isi_b_8808024.html<\/p>\n<p>[17] Entretiens r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019auteur aupr\u00e8s d\u2019activistes et hommes d\u2019affaire syriens \u00e0 Gazientep.<\/p>\n<p>[18] http:\/\/altunsa.com.tr\/<\/p>\n<p>[19] Entretiens r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019auteur aupr\u00e8s d\u2019activistes et hommes d\u2019affaire syriens \u00e0 Gazientep.<\/p>\n<p>[20] Pendant une p\u00e9riode du conflit, Manbij jouait ce r\u00f4le de plateforme des produits p\u00e9troliers de et vers la Turquie. Mais elle a largement perdu de son importance. Voir Jihad Yazigi\u00a0: <em>Syria\u2019s war economy<\/em>\u00a0; ECFR Policy brief, April 2014.<\/p>\n<p>[21] D\u00e9but 2016, une p\u00e9nurie d\u2019essence \u00e0 Damas a \u00e9t\u00e9 suivie par une p\u00e9nurie similaire \u00e0 Idleb, contr\u00f4l\u00e9e par Al-Nosra\u00a0!<\/p>\n<p>[22] Erika Solomon et al. 2016, op. cit.<\/p>\n<p>[23] Omar Abdulaziz Hallaj\u00a0: <em>The balance-sheet of conflict: criminal revenues and warlords in Syria<\/em>; NOREF Report, May 2015.<\/p>\n<p>[24] Les revenus des groupes contr\u00f4lant les postes fronti\u00e8res avec la Turquie, essentiellement Ahrar Al Cham, ont \u00e9t\u00e9 estim\u00e9s \u00e0 US$ 660,000 par jour, soit US$ 230 millions par an\u00a0; voir Rim Turkmani &amp; al, 2015.<\/p>\n<p>[25] Fait not\u00e9 \u00e9galement dans Jihad Yazigi\u00a0: <em>No going back\u00a0: why decentralisation is the future of Syria?;<\/em> ECFR Policy brief, September 2016. Mais l\u2019analyse y est limit\u00e9e aux \u00e9changes entre gouvernement, PYD et l\u2019EI.<\/p>\n<!-- Facebook Page Plugin by Medust: http:\/\/medust.com -->\r\n\t\t<div class=\"fb-recommendations-bar\" data-href=\"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/samir-aita-commerce-sans-religion-entre-la-turquie-et-la-syrie-editorial-de-lifri-mars-2017\/\" data-read-time=\"5\" data-side=\"\" data-action=\"like\"><\/div>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;editorial de Mars de l&rsquo;IFRI Commerce sans religion entre la Turquie et la Syrie Samir AITA[1] 17 Mars 2017 &nbsp; Cette note analyse l\u2019\u00e9tonnante remont\u00e9e des exportations turques vers la Syrie pendant la guerre civile qui s\u00e9vit dans ce pays.<a class=\"more-link\" href=\"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/samir-aita-commerce-sans-religion-entre-la-turquie-et-la-syrie-editorial-de-lifri-mars-2017\/\">Read more&#8230;<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":806,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3,13],"tags":[],"class_list":["post-804","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-activites-recentes","category-publications"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/804","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=804"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/804\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":807,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/804\/revisions\/807"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/806"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=804"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=804"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.economistes-arabes.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=804"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}